La Journée des collectionneurs

Interview de Marcel RAPP 
pour le  magasine Blues & Co
(N° 85 de septembre 2018)

« Disc-jockey - Chanteur de rock  - Boxeur - Créateur - Organisateur... »

 

Atypique, Marcel Rapp est un personnage bien connu par les spécialistes des années 60 et les collectionneurs de disques de rock and roll. Son parcours est truffé d'anecdotes d'une grande richesse. La retraite n'existe pas pour le septuagénaire et sémillant Marcel Rapp. Toujours en action depuis sa tendre jeunesse, il a tout d'abord créé le fan club « Pionniers du rock fan club » Puis tout s'est enchaîné. Le célèbre Henri Leproux lui confie le rôle de disc-jockey dans la mythique salle de concerts du Golf Drouot qui a vu défiler tous les groupes des années sixties, les Who, les Pretty Things... et les illustres Gene Vincent, Vince Taylor.... Tout en s'inspirant de Screaming Lord Sutch, il monte le groupe Nervous Breakdown.

Adepte de sport, il devient boxeur dans la catégorie welter (67 kg) et remporte 3 titres de champion de France universitaire.

Professionnellement juriste en entreprise, il est nommé directeur du service export pour la promotion d'artistes français. Il fait partie des précurseurs de radios libres avec Carol FM, de même qu'il crée le label Drkollecteur et organise plusieurs conventions du disque de collection salle Wagram, POPS Bercy .... Nous avons voulu en savoir plus sur cet intuitif acteur de la vie rock and roll qui a eu le privilège de rencontrer le King Elvis Presley.

 

Blues & Co : On aimerait que tu nous évoques ta jeunesse.

Marcel Rapp : Je suis né à Senlis (par hasard) en 1946, le 26 mai -(même date que la mort du

chanteur de country Jimmie Rodgers, de la naissance de Hank Williams Jr mais aussi du coureur cycliste Jean Graczyk nés un 26 mai). J'ai grandi à Sceaux (92), fils d'un prof de math, j'ai reçu une éducation bourgeoise parsemée de sept établissements scolaires remarqué par mes problèmes d’indiscipline souvent réfractaire à toute autorité scolaire , ayant connu conseils de discipline, colle, renvoi et plus ouvert à l’écoute du rock and roll qu’à l’instruction Little .Toutefois obtenu mon bac philo à l'oral de rattrapage à l’âge de 20 ans

Je découvre la musique américaine dans les années 50 grâce à mon père, amateur de jazz et ses disques de Louis Armstrong, Mahalia Jackson, Sydney Bechet et le blues et les émissions de radio de Sim Coppens que mon père enregistrait sur son magnétophone ou  l'on entendait Big Bill Bronzy, Sonny Boy Williamson, Son House, Lighning Hopkins, mais aussi Hank Williams, Pete Seeger et Woody Guthrie.

Enfin dès 1958, les premiers disques de rock apparaissent sur le marché français par la voix d'Elvis, Bill Haley, les Platters, Brenda Lee, Paul Anka, Ray Charles, Fats Domino, le marché est très restreint et limité, mais suffisant pour faire naître une passion. Il faut attendre 1960 et l'apparition des « rockeurs » français, Johnny Hallyday, Chaussettes Noires et autres Chats Sauvages et Richard Anthony. Même si leur interprétation est parfois médiocre cela nous permet d'avoir accès aux titres phares du rock américain. Phénomène accentué par la multiplication des guitares électriques et des fringues US. Après avoir écouté les « covers » dès le début des années 60, on a enfin accès aux disques de Gene Vincent, Little Richard, Eddie Cochran, Buddie Holly, Jerry Lee Lewis, mais aussi Cliff Richard et les Shadows. Au diable les théorèmes de Pythagore et Thales, vive Tutti Frutti Be Bop a Lula, Peggy Sue, Blue Suede Shoes, What’d I Say, Hello Joséphine.

 

Blues & Co :Tes premiers concerts de Vince Taylor ? Gene Vincent …

Marcel Rapp : Premier concert en août 1960 à Cannes où Johnny Hallyday avec trois chansons (Laisse tomber les filles, Souvenirs Souvenirs et Tutti Frutti) ouvre le spectacle de Chartes Aznavour. On est loin des pionniers du rock, mais pour le gamin de 14 ans que j'étais, c'est une mise en bouche. Puis pendant les vacances d'hiver 1961/62, ma mère m'offre comme cadeau de Noël une place pour l'Olympia de Vince Taylor (avec au même programme la débutante Sylvie Vartan, Henri Tisot et Rosalie Dubois !!!). La révélation, je suis désormais accro définitivement au Rock’n’roll. Le physique, le cuir noir et le jeu de scène de Vince, superbement accompagné des Play Boys nous émerveille « Le Rock c'est ça » dans toute sa splendeur comme le mentionne son 25 cm français. Dès ce jour, j’oublie les Johnny, Eddy et Dick. Octobre 1961, paraît le premier numéro de Disco Revue. Grâce à cette revue, on découvre les rockers US inconnus, notamment Gene Vincent programmé pendant cinq jours au théâtre de l'Etoile, avenue de Wagram en octobre 1962. Là on est dans le vrai, on découvre le vrai rock américain. Gene chante divinement bien, mais émanent de lui beaucoup d'émotions. Nous avons affaire à un écorché vif qui donne tout ce qu’il peut sur scène

Après ce premier concert, j’ai la chance d'applaudir Fats Domino au festival de jazz de Juan les Pins en juillet 1962, puis à l’Olympia, le grand Ray Charles avec son grand orchestre et ses Raelettes, Cliff Richard et les Shadows et Jerry Lee Lewis pendant la Pentecôte 1963, accompagné des Outlaws avec le guitariste Richie Blackmore. Gene Vincent multiplie les apparitions, La Mutualité et le Palais des Sports en 1963 et l'Alhambra en 1964. On découvre Little Richard, soutenu des artistes Specialty Don et Dewey, Chuck Berry en 1965. Bill Halley (la Mutualité) et Little Richard (Olympia) à nouveau en 1966, Bob Diddley (Olympia) en 1967… Mais aussi les groupes anglais, Beatles en 1964 et 1966, Rolling Stones en 1964 et 1965 mais encore les Animals, Kinks, Yarbirds, Pretty Things. J’ai bien sûr assisté à tous ces concerts.

Blues & Co : Et tout ce que tu as vécu dans le mythique Golf Drouot ?

Marcel Rapp : Comme Disco Revue était notre magazine de ralliement, nous nous retrouvions au Golf Drouot, 2 rue Drouot. J'y suis allé pour la première fois en octobre 1963 pour entendre Gene Vincent en avant-première de sa tournée en France et Belgique, organisée par Jean-Claude Camus. Elle se termina par le concert de la Mutualité où Gene arriva à 2 heures du matin après un premier concert en soirée dans le nord de la France !!!, ce qui engendra maintes bagarres avant son arrivée. Je devins ensuite un habitué du Golf où le patron, Henri Leproux proposait des concerts chaque samedi soir et dimanche après-midi. Nous étions une bande de copains qui se retrouvaient aux concerts, dans les magasins de disques, au marché aux puces. On échangeait disques et informations. Certains ont fait carrière dans les divers métiers du disque, tel Daniel Bellemain (disquaire Scorpio puis Black Cherry Blues), Jacques Perrin et J.P. Arniac (Booggie et Soulbag), Charlie Barbat (grand collectionneur de raretés R'n'R), Gilles Pétard, Jean-Pierre Ravelli et son fan club de son fidèle Chuck Berry, Jacques Barsamian, Jean-Louis Rancurel (photographe). Je vois ces personnages régulièrement depuis plus de 50 années passées. Toute la fine fleur du rock français s'y produisait : Ronnie Bird, Burt Blanca, Noël Deschamps, Alan Jack, Michel Jonasz et King Set, mon grand ami Vigon, sûrement le meilleur d'entre tous, et les groupes Peetles (Serge Koolen), les Rockers (Jacques Mercier), les Murators (Alain Chamfort), Les Variations, Pat Winther et les Sounders et tant d'autres. En 1965, je crée les pionniers du rock fan-club, et tous les samedis après-midi, Henri Leproux me confiait le rôle de disquaire (on ne disait pas encore disc-jockey), programmant ma collection de disque déjà conséquente.

Au Golf se produisaient aussi des groupes anglais. David Jones, futur David Bowie, anima le réveillon du 31 décembre 1965. Les Rolling Stones au complet vinrent nous rendre visite un samedi après-midi. Nous vîmes également Screaming Lord Sutch, les Pretty Things, Vince Taylor, Arthur Brown, Rocky Roberts & les Airdales, Les lngoes, futur Spooky Tooth, et surtout un soir de semaine, devant moins de 100 personnes le premier concert des Who, complétement inconnus à l'époque. Parlant correctement l'anglais, Henri Leproux me confiait souvent la tâche d'interprète, ce qui me ravissait, moi le gamin de 19 ans parlant avec Mick Jagger, David Bowie, Gene Vincent, Pete Townshend et Keith Moon.

 

Blues & Co : On aimerait que tu nous évoques ta courte carrière de chanteur.

Marcel Rapp : Fan absolu, je rêvais de devenir chanteur comme mes idoles, ayant fait mes classes devant la glace chez mes parents, mimant et chantant sur mes microsillons, un manche à balai pour micro, je m'y voyais déjà. Je mobilisais la cave du pavillon de mes parents à Sceaux et montais mon groupe : The Nervous Breakdown en prenant comme nom d'artiste Screaming Wolfgang Amadeus Lord Rapp. J'ai monté un show largement inspiré des excentriques Screaming Lord Sutch et Screaming Jay Hawkins. Pour masquer certaines défaillances vocales, je faisais un show parodique, vêtu d'une seule peau de bête, en réalité un vieux manteau de fourrure miteux acheté aux puces. Notre répertoire était R'n'R et R'n'B avec des reprises de Little Richard, Bo Diddley, Chuck Berry, Eddie Cochran et Gene Vincent. Nous étions quelquefois huit sur scène dont deux saxos. Nous sommes passés au tremplin du Golf, au Ranch de Robinson, plusieurs fois au Mystère Club de Montesson et dans différentes MJC : Plessis-Robinson, Fresnes, Sceaux, Fontenay aux Roses, certaines fois avec succès, d'autres fois moins. En 1965, je me présentais au crochet organisé à La Locomotive, vêtu de ma peau de bête chantant « You Can't Judge a Book », de Willie Dixon-Bo Diddley, accompagné par les Rockers, devant un jury de professionnels présidé par Jacques Barsamian. Ma prestation a été appréciée, mais pas suffisamment car le vainqueur fut Michel Polnareff. De ce jour est née une longue amitié avec Jacques, qui fut quinze ans plus tard mon témoin de mariage, et à qui je suis reconnaissant pour tout le savoir qu'il m'a transmis. Nous avons assisté ensemble à des centaines de concerts en France et à l'étranger (île de Wight, festival d'Amougies, show Little Richard à Bruxelles, concerts à Londres, Oval stadium, Wembley, Roundhouse). Tout cela n'a duré qu'une année. J'ai dû me résoudre à devenir sérieux dès mon entrée à la fac de droit d'Assas et enfin d’étudier sérieusement.

Blues & Co : Que s'est-il passé pendant la deuxième moitié de la période des années sixties ?

Marcel Rapp : Cinq années de fac de droit à Paris Assas, lycéen médiocre. Je deviens enfin sérieux. je délaisse un peu le Golf Drouot mais je suis toujours en contact avec Jacques Barsamian et j'assiste à de nombreux concerts. Je m'investis sur quelques dates de la tournée Gene Vincent de 1967, puis les galas-galères de Vince Taylor, managés par Jacques. Le rock'n'roll disparaît peu à peu. remplacé par la pop music, que je surnomme « Le pop à cheveux longs ». Autant j'ai apprécié l'éclosion des premiers groupes anglais, qui nous faisaient redécouvrir les classiques du blues et du Rhythm and Blues, comme les groupes français l'avaient fait avec le rock'n'roll dans les années de 61 à 63. Je n'ai guère apprécié cette musique dite « psychédélique prog ». Les Soft Machine, Emerson Lake & Palmer, Magma, King Crimson me laissèrent indifférents. Les artistes débraillés, tournant le dos au public devinrent le lot de la majorité des concerts. Il y a eu, toutefois, quelques belles surprises, telle l'apparition de Jimi Hendrix, que je découvre, par hasard en première partie d’Éric Surdon et les New Animals (moins bien que les premiers Animals). Puis celles de Canned Heat et de Creedence Clearwater Revival, où j'assiste à leur unique concert en France en 1970 à l'Olympia où malheureusement le pauvre Wilburl Harrison. qui assurait la première partie se fit siffler. Heureusement, vint d'Amérique, un nouveau son amené avec brio par James Brown et les artistes Stax, Otis Redding, Wilson Pickett, Joe Tex ou Atlantic, Aretha Franklin. Je garde un souvenir mémorable du concert d'lke et Tina Turner à !'Olympia en 1971.

 

Blues & Co : Ta découverte de la boxe

Marcel Rapp : A la fac, je me découvre une nouvelle passion : la boxe, que l'on peut pratiquer au centre universitaire Jean Sarrail. Je m'y donne à fond. Ce sport m'apporte beaucoup de satisfaction, le goût de l'effort, le sens de la discipline et je suis trois fois Champion de France universitaire (1969-70-71), catégorie poids welter (67 kg), puis je prends une licence « amateur » au club de Jean Bretonnel où je dispute environ 70 combats amateurs et universitaires.

 

Blues & Co : Et cette aventure aux USA ?

Marcel Rapp : Très occupé, entre mon boulot de pion pour financer mes études et mes entraînements quotidiens à la salle de boxe, je reste toujours friand de nouveautés musicales, je m'intéresse dès cette époque à la Country Music, alors complétement ignorée en France, d'abord par les albums country de Jerry Lee Lewis sur Smash puis la découverte de Johnny Cash, Hank Williams, Buck Owens, Merle Haggard. En 1969, profitant de mes vacances, je pars aux Etats-Unis, 15 000 km uniquement en auto-stop pendant deux mois et demi, je suis pris de passion pour la Louisiane et la musique Cajun et Zydeco, je reste deux semaines à Lafayette, au cœur de la Louisiane francophone où je suis engagé à l'université comme lecteur de textes français.

 

Blues & Co : Ta rencontre avec Elvis Presley

Marcel Rapp : Le 16 août, je suis à Las Vegas où Elvis Presley fait son grand retour sur scène à l'International Hôtel. Les concerts sont « sold out », mais heureusement, mon ami Jean Constant, président du fan-club d'Elvis, le US Male, m'avait fait une lettre d'introduction me présentant comme vice-président du fan-club. Au guichet, présentant mon sésame, l'employé appelle le Colonel Parker qui quelques minutes plus tard vint à ma rencontre, me permettant d'obtenir une place VIP pour le prochain concert. Je demande naïvement, si je peux rencontrer Elvis, le Colonel Parker me procure un backstage pour la journée qui m'amène à Elvis qui m'accueille chaleureusement, étonnamment surpris quand je lui annonce que j'ai fait des milliers de kilomètres en auto-stop pour venir le voir. Il me demande s'il est encore connu en France !!! Nous discutons près d'une dizaine de minutes, lui posant des questions sur ses venues à Paris pendant son service militaire en Allemagne ... Je lui parlais de Nancy Holloway et des sœurs Kessler (l'une d'elles fut à Paris sa petite amie). Il est époustouflé par mes questions. Je lui demande des précisions sur ses années Memphis, son travail à la Crown Electric, de ses relations avec les frères Burnette, lui précisant que je n'ai jamais mis les pieds à Memphis. « Comment connais-tu tout ça » me demande-t-il, fort étonné. Il me signe deux carte-postales, me demande ce que je pense de son dernier titre enregistré « If I Can Dream ». J'assiste bien placé au spectacle, Elvis est magnifique, aminci, en pleine forme vocale, tout de noir vêtu. Il alterne les grands classiques du Rock et dernières nouveautés « ln the Ghetto, Suspicious Mind », mais aussi des reprises, Runaway (Del Shannon), Yesterday (Beatles). L'orchestre est au grand complet avec James Burton à la guitare, Glenn Hardin (ex-Crickets de Buddy Holly) au piano, Ronnie Tutt à la batterie et les chœurs des Sweet Inspirations avec la maman de Whitney Houston. Après le deuxième concert (night show), je suis de nouveau avec Elvis Presley. Il me présente à sa bande de Memphis en disant « Tiens voilà le français, qui n'a jamais mis les pieds à Memphis, et qui connaît la ville autant que nous ». Nous discutons encore quelques minutes. Elvis, toujours en sueur regagne l'ascenseur, le menant à sa suite accompagné d'une super Bimbo blonde. Près de 50 années après, cet événement reste un grand souvenir qui fera bien des envieux parmi les fans français d'Elvis.

Blues & Co : Tes années Pathé-Marconi ?

Marcel Rapp : La maison de disques Pathé-Marconi filiale du groupe EMI, me propose d'intégrer son service juridique. J'avais le choix entre devenir avocat, boxeur professionnel ou juriste d'entreprise. Je choisis la troisième opportunité avec le statut de cadre, salaire garanti et de quoi assouvir ma passion de la musique. J'apprends à rédiger les contrats d'artistes, je côtoie des artistes de variété française, bien éloignés de mes goûts musicaux, mais enfin, je me fais aux rouages du métier. Puis en 1973, je suis nommé directeur du service export. Mon travail consiste à vendre des disques à l'étranger et d'assurer hors de France la promotion de nos artistes français et de licencier notre répertoire aux firmes étrangères. Je travaille pour Frank Pourcel, notre plus grand vendeur de disques à l'étranger. Je fais également enregistrer nos artistes vedettes : Gilbert Bécaud, Sacha Distel, Adamo, Julien Clerc, Tino Rossi en japonais, anglais, espagnol, allemand et italien. On me donne également la gestion des catalogues de la musique africaine et arabe. Je fais découvrir à la France le nigérien Fela Ransome Kuti, dont le premier album « Lady Shakara » se vend à plus de 100 000 exemplaires. Je fais venir au Palais des Congrès la grande vedette égyptienne Abdel Halim Haffez (concert sold out) et surtout, je voyage énormément : États-Unis, Afrique et la plupart des pays d'Europe où EMI est représenté. En 1974, pendant la coupe du monde de football, j'organise un match entre Pink Floyd (les 4 musiciens) plus les road-managers et une équipe improvisée des cadres de Pathé-Marconi, renforcée par quelques journalistes de la presse rock. La rencontre se déroule sur le terrain de foot de la cité universitaire. Le résultat : 4 à 3 pour l'équipe de Pathé. En 1978, je suis à nouveau à Lafayette en Louisiane, où je suis invité à un mariage d'Afro-américains, seul blanc au milieu de 500 noirs. Clifton Chenier qui assume l'animation me présente sur scène comme son « cousin français » et entame la Marseillaise à l'accordéon en mon honneur. La soirée se prolonge jusqu'à cinq heures du matin entre gumbo et barbecue de cochon grillé. C'est un souvenir inoubliable. Autre souvenir marquant, ma visite chez Fela à Lagos dans son domaine « La Kalakuta Republic ». Après un accueil très hostile, nous finissons par nous entendre après maintes tractations financières à l'africaine. autour des dizaines de femmes et fiancées de l'artiste, toutes aussi belles les unes que les autres. Je ramène donc en France dix bandes magnétiques d'albums inédits qui installeront définitivement la notoriété de l'artiste dans notre pays. En 1980, sur un coup de tête, je démissionne (sans indemnités !!!) pour rejoindre une petite production de disques (Music For You) spécialisée dans les cassettes audio. Mon salaire est multiplié par deux, mais au bout de neuf mois, l'entreprise dépose le bilan. Au chômage ans, je rachète un studio de gravure de disques à un artisan qui part à la retraite Je m'installe dans le 14ème arrondissement, en face de mon domicile puis à Saint-Mandé, sous la dénomination de Sonogravure.

 

Blues & Co : Peux-tu nous parler de ton travail de graveur de disques et du lancement de la radio libre Carol FM ?

Marcel Rapp : Je recrute un technicien de Pathé-Marconi et une nouvelle aventure commence. Le matériel est un peu obsolète et les débuts sont difficiles. Les clients sont de petits éditeurs. Je m'en tire en innovant avec un service de disques clés en main. Après la gravure assurée par mon technicien, je me charge de la création et l'impression de la pochette et les déclarations Sacem/Sdrm, confiant le pressage du disque à Pathé-Marconi, MPO et Aeracem. J'ai parmi mes clients des artistes débutants, pas encore signés par des maisons de disques. C'est ainsi que je m'occupe du premier album des Bérurier Noir, mais aussi de Ludwig Von 88 et d'Alpha Blondy. Parallèlement, je suis en 1981, au démarrage d'une des premières radios libres « Carol FM ». Après mes journées de travail au studio, j'assure plusieurs émissions dont celle du «Cow-Boy du 14ème», programmée avec l'aide de mes 3 000 disques de musique country ramenés de mes différents voyages aux Etats-Unis. Mon vieil ami Jacques Barsamian nous y rejoint et anime la première mouture de son émission « Cœur de Rocker ». Faute d’autorisation la radio s’arrête au bout de trois ans. Je continue un moment sur Boulevard du Rock. L’arrivée du CD me contraindra en 1987 à fermer le studio de gravure. Entre temps j’ai lancé mon label DrKollector avec 7 albums édités entre 1983 et 1987, deux disques de documents inédits de Gene Vincent, deux de Jerry Lee Lewis, mais aussi Little Richard, Bill Haley et Carl Perkins. Je m'occupe aussi d'un chanteur de country Tex Bernie, au style proche de Johnny Cash, dont le disque se vend très bien. Je suis aussi partenaire du studio Savas, situé à Montreuil où nous produisons des artistes de Rockabilly et country, tel Virginia Truckee et Jerry Dixie.

 

Blues & Co : Il y a aussi les conventions du disque, n'est-ce-pas ?

Marcel Rapp : En 1984, Jacques Leblanc, créateur de «Juke-Box Magazine», lance à Paris la première Convention du Disque de Collection (CIDISC) dans l'ancienne gare de la Bastille, aujourd'hui démolie,

à laquelle je participe en tant qu'exposant. Le succès est immédiat, les amateurs de musique se découvrent une nouvelle passion pour la collection et le terme «collector» apparaît. Je participe aux premières conventions en province à Lyon, Marseille, Nantes, Toulouse, Bourges, vendant et achetant des disques anciens. En 1987, juste après la fermeture de mon studio de gravure, j'organise à la salle Wagram (salle que j'ai bien connue en tant que boxeur) mon premier Salon du disque de collection. Suivent jusqu'en 1998, quarante et une autres éditions dans ce même lieu. J'organise également ces manifestations à Lyon, Nantes, Aix en Provence, Rennes, Toulouse, Brest, Dijon, Besançon, puis je quitte la salle Wagram pour le P.O.P.B (Paris Bercy) et le Parc-Expo de la porte de Versailles. J'organise actuellement, avec le concours de la mairie du 15ème arrondissement, les Journées des Collectionneurs de Disques et Objets du Cinéma au parc Georges Brassens. A ce jour et pendant 30 ans, j'ai organisé plus de 300 foires aux disques en France. J'ai également géré deux boutiques : Collectomania dans le 15 ème arrondissement de 1995 à 2004 puis DrKollector au marché Dauphine des puces de Saint-Ouen de 2012 à 2014. Actuellement je vends mes disques (plus de 4 000 références sur le site internet américain Discogs), spécialisés en Jazz, Blues, Rock, musiques ethniques et documents sonores. À bientôt 72 ans, j'écoute toujours des disques, j'éprouve la même passion pour les musiques américaines même si je vais moins aux concerts. Habitant dans le Loiret, je ne veux surtout pas entendre parler de retraite.

 

Blues & Co : Quel artiste aurais-tu aimé rencontrer ?

Marcel Rapp: J'envie mon ami Jacques Barsamian qui a eu la chance de voir Eddie Cochran sur scène à Londres, quelques jours avant son accident mortel, le 17 avril 1960. Tant il me fascine, j'aurais aimé rencontrer Johnny Cash que j'ai vu plusieurs fois en concert. J'aurais aimé assister aussi à une prestation de Sam Cooke. Je me console avec le fabuleux enregistrement live à l'Apollo de Harlem.

 

Blues & Co: Peux-tu nous citer tes chanteurs, chanteuses préférés ?

Marcel Rapp : Je vais faire un classement par genre: R&R: Little Richard, Gene Vincent, Eddie Cochran, Jerry Lee Lewis, Johnny Burnette Blues/ R'n'B : Lightnin' Hopkins, Sam Cooke, Howling Wolf, Slim Harpo, Country-music : Jimmie Rodgers, Hank Williams, Johnny Cash, Merle Haggard, Doug Kershaw, Bob Wills.

Marcel Rapp : Vivre encore quelques années. Continuer à voir des concerts, mes vieux potes du rock. Racheter certains disques de ma collection que j'ai dû vendre à une certaine époque. Comme j'écoute de plus en plus souvent des disques de jazz, j'aimerais approfondir mes connaissances dans ce style musical. Enfin, refaire un voyage en Louisiane.

 

Bruno MARIE – Magazine Blues & Co – Autrement Blues

http://www.blues-n-co.org/le-magazine-blues-co/

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