1921 - 2021 LE CENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE GEORGES BRASSENS

Cœur

Les thèmes chers à Georges Brassens

Libertaire ou anarchiste,

amoureux des femmes ou misogyne,

Georges Brassens a alimenté bien des discussions, 

mais une chose est certaine,

l'amitié et ses amis comptaient plus que tout pour lui.

Voici ce qu'il disait de ces thèmes qui lui étaient chers, 

ainsi que les photos et les reportages

qui vous permettront de vous forger votre propre idée...

 

Le libertaire, l’anarchiste ?

Georges Brassens :

« Un anarchiste est un homme

qui traverse scrupuleusement entre les clous

parce qu’il a horreur de discuter avec un agent »

Jean-Paul Liégeois :

« Brassens a eu une période d’engagement assez courte, très militante, avec des écrits très violents. Il a préféré par la suite ce système de la "propagande en contrebande", une forme d’engagement beaucoup plus subtile parce qu’elle oblige les gens qui l’écoutent à réfléchir. Brassens ne vend pas des slogans. Il a toujours été en décalage, en marge. Il ne disait pas qu’il était anarchiste ou libertaire. Il disait : "Je suis une espèce de libertaire". »

Je suis une espèce de libertaire, Brassens par lui-même,

Jean-Paul Liégeois, Ed. Cherche Midi, 2019

Arrivé à Paris en 1940, Georges Brassens vit en marge :

Georges Brassens :

« J’étais quand même une espèce d’épave,

une épave studieuse, mais une épave »

L’épave, chantée par Georges Brassens 

Il fréquente les milieux anarchistes, « L’anarchie, je pense qu’à dix ans, je l’avais en moi », disait-il.

 

Avec ses copains, il monte un projet d’un nouveau parti politique « Le parti préhistorique » qui prône le retour aux temps anciens pour empêcher la décadence. Ce projet n’aura pas de suite.

 

En 1946 et 1947, il devient correcteur et écrit des articles pour l’hebdomadaire de la Fédération anarchiste, Le Libertaire. Il y écrit sur la liberté, les curés, les flics, la désobéissance volontaire envers les conventions sociales… autant de thèmes qu’il reprendra dans ses chansons.

50. BRASSENS LE MONDE LIBERTAIRE-espace-

Georges Brassens lisant Le Monde Libertaire, 

Espace Brassens, Sète

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Il devint membre, puis secrétaire du groupe anarchiste de Paris XVe (« Brassens méconnu », Archives Le Monde Libertaire, 2007). Réfractaire au militantisme, il s’éloignera vite du journal, mais jamais de la philosophie anarcho-libertaire.

 

Le mot anarchie n’apparaît que dans une de ses chansons : Hécatombe.

Jean-Paul Liégeois :

« Dans ses chansons, il brocarde les curés,

mais célèbre celui qui refuse de pendre un malfrat dans La messe au pendu. 

Dans Hécatombe, il met en scène le massacre d’une troupe de gendarmes,

mais remercie, dans L’Épave, celui qui le sauve de la rue ».

Émission La Cie des Œuvres,

Brassens nous rend heureux, Brassens, paroles et musique

France Culture, 2 février 2021.

Les femmes

 

Georges Brassens :

« La femme est le sujet premier de mon œuvre »

Sa mère

Georges Brassens :

« Elle se disait : comment ce garçon si bien élevé que j’ai élevé avec tant de soins et dont tout le monde disait du bien, a-t-il pu devenir ce grossier personnage, cet être mal embouché, elle n’avait pas compris que c’était un jeu, une forme d’art »

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Georges Brassens

et sa mère

Georges Brassens interviewé à la télévision par Denise Glaser 

Püpchen

Joha Heiman, Estonienne, arrive à Paris en 1930. Elle est jeune fille au pair puis couturière. Mariée, elle a un enfant, puis elle divorce. Avant-guerre, Georges repère Joha. En 1947, ils se rencontrent sur le quai du métro par hasard. Georges Brassens en fera deux chansons : J'ai rendez-vous avec vous et Je me suis fais tout petit.

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De celle qu’il appelle désormais Püpchen (Petite poupée ) il fera sa muse, son égérie, son guide.

Et il écrira Rien à jeter : « Tout est bon chez elle, Y a rien à jeter, Sur une île déserte il faut tout emporter  ».

Ils ne vivront jamais ensemble, ne se marieront pas. Séparés, mais toujours ensemble, chacun gardera sa liberté.

Puis ce sera Saturne : « Viens encore, viens ma favorite, Descendons ensemble au jardin
Viens effeuiller la marguerite, De l'été de la Saint-Martin
. »

Et Georges Brassens écrira pour Püpchen cette chanson qui illustre tout de leur relation : La non-demande en mariage : « De servante n'ai pas besoin, et du ménage et de ses soins, je te dispense. Qu'en éternelle fiancée, à la dame de mes pensées, toujours je pense J'ai l'honneur de ne pas te demander ta main. Ne gravons pas nos noms au bas d’un parchemin »

 

Décédée en 1999, Püpchen est enterrée au cimetière Le Py à Sète avec Georges Brassens.

Cliquez sur l'image ci-dessous pour accéder à

« Brassens et les femmes à l'ombre de son cœur »

exposition en 2017 à l’Espace Brassens de Sète,

avec une très rare interview de Püpchen

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« Moi, misogyne ? »

Georges Brassens :

« S’il y a bien quelqu’un qui a fait des femmes des déesses, c’est bien moi.

Les femmes je les aime toutes ou presque »

Georges Brassens :

« Je n’ai aucune conception de l’amour,

je n’aime pas trop en parler, c’est un sujet assez sacré »

Georges Brassens, anarchiste, révolutionnaire, anticlérical, individualiste, égoïste, libertaire, macho, mécréant, grossier, non conformiste, provocateur… a été et est encore parfois accusé de misogynie par ses détracteurs/détractrices qui oublient combien Georges Brassens a dénoncé l'hypocrisie de la société, souvent de façon assez ironique et quelque peu gaillarde mais avec style, poésie, maîtrise de la langue française et humour !

 

À l’aune de tous ces qualificatifs, les chansons de Georges Brassens ont été analysées, disséquées, quasiment radiographiées dans leurs moindres mots, expressions, intentions avouées, supposées ou cachées.

 

Georges Brassens répond en chansons, par exemple sur la religion :

Il fut ami avec le père Duval qualifié de « Brassens en soutane ». Ils se tutoient. Et dans Les trompettes de la renommée, Brassens chantera :

 

Le ciel en soit loué, je vis en bonne entente

Avec le père Duval, la calotte chantante

Lui, le catéchumène et moi, l'énergumène

Il me laisse dire « merde », je lui laisse dire Amen

 

Georges Brassens a écrit un très grand nombre de chansons parlant des femmes, de l’amour, des amourettes, du mariage, de la prostitution, de l’adultère, des cocus… Ce qui pouvait faire sourire dans les années 50, a déchaîné des féministes 20 ans plus tard.

Sans oublier la chanson La Tondue. Brassens y dénonce la violence des règlements de compte et châtiments infligés à des femmes après la Libération. Il y fait preuve de féminisme et il exprime son pacifisme.

La tondue par Georges Brassens 

Mais le 8 mars 2018, pour la Journée internationale des droits des femmes, la photographe et réalisatrice belge Charlotte Abramow a utilisé dans un clip Les Passantes, poème d’Antoine Pol, mis en chanson par Georges Brassens. Le 9 mars 2018, ce clip a été censuré par YouTube pour les moins de 18 ans puis rapidement remis en ligne. Le voilà...

Georges Brassens, souvent interrogé sur le sujet des femmes et de l’amour, a donné une très intéressante interview à la RTBF en 1973. Il y parle notamment des femmes :

Extrait de l'interview - Georges Brassens :

« La plupart des femmes que j’ai connues étaient relativement émancipées, elles faisaient à peu près la loi. Je me demande si elles n’affectent pas un peu de n’être pas libres. Peut-être que dans le domaine social évidemment les avantages sociaux leur étaient refusés, dans le domaine professionnel aussi sans doute, avaient-elles besoin de libération. En ce qui concerne la libération à l’égard du mâle, je ne sais pas si elles ne sont pas libérées depuis longtemps. Quand une femme veut un homme, c’est elle qui le choisit, quand elle veut laisser tomber un type, c’est elle qui choisit le moment. Je crois que les femmes n’ont besoin de personne pour se défendre, sur le plan social sans doute, par exemple, une femme abandonnée avec un enfant, est en difficulté, en détresse… Je pense que ce qui se fait dans ce domaine est très important. »

Autre extrait de l'interview - Georges Brassens :

« La femme est le sujet premier de mon œuvre et elle est généralement traitée avec grande estime et vénération. Et je ne me suis pas intéressé uniquement à la jeune et séduisante nymphette mais à toutes les femmes. De toutes conditions. De toutes origines et de tous âges. Si ma démarche a toujours consisté à glorifier l'humain pour ce qu'il a de grandeur, de noblesse d'âme, par opposition j'ai forcément été amené à dénoncer la médiocrité, la bassesse. Mais, à ce titre, les hommes ont été plus souvent l'objet de mes dénonciations. Alors si j'ai vilipendé avec virulence quelques coupables mégères, convenons que j'ai traité hommes et femmes d'égal à égal. Et lorsque j'ai décrié quelques pénibles emmerdeuses, je leur ai le plus souvent accordé quelques valeurs de rachat ».

Bon nombre de thèses universitaires ont également abondé dans le sens de Georges Brassens et bon nombre d’auteurs se sont essayés à disculper Georges Brassens d’une réelle intention de misogynie.

 

La meilleure preuve de la bonne foi de Georges Brassens se comprend en parcourant ses plus beaux textes en hommage à la femme. Ils nous aussi font découvrir un Brassens très tendre et passionné.

 

La polémique continuera… sans doute encore, mais les chansons de Brassens seront toujours chantées, par des femmes et par des hommes !

Les femmes qui l'ont interprété

Joan Baez, Josiane Balasko, Barbara, Agnès Bihl, Carla Bruni, Barbara, Mélanie Dahan, Eva Denia, Pauline Dupuy, Marie d’Épizon, Françoise Hardy, Joyce Jonathan, Juliette Gréco, Patachou, Catherine Ringer, Olivia Ruiz, Catherine Sauvage, Lucienne Vernay, Zaz… On ne compte plus toutes les femmes qui ont chanté Brassens...

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Patachou

microsillon Philips

1953

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Georges Brassens et Juliette Gréco* - 1966  

*Juliette Gréco a été la marraine des Journées Georges Brassens d’ACE15 en 2011, pour le 90e anniversaire de la naissance de Brassens

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Barbara fera la 1re partie de Georges Brassens

à Bobino en 1964

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Carla Bruni

2013

Ecouter les femmes ayant interprété Georges Brassens

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L'amitié et les amis

Georges Brassens :

« Ce qui m’importe c’est la somme de tendresse,

d’amour et de fraternité

que peut donner un homme, le reste c’est de la rigolade »

 

Georges Brassens :

« L’amitié n’exige rien en échange, que de l’entretien »

Georges Brassens :

« Les gens qui ne sont pas fidèles à leurs amis,

n’ont jamais eu d’amis.

Les gens qui n’ont pas d’amis sont des malheureux  »

L’amitié et la fidélité à ses amis étaient d’une telle importance pour Georges Brassens qu’il est impossible de citer tous les amis dont il était entouré. De sa fidèle gouvernante, Sophie Duvernoy*, au restaurateur Pierre Vedel, à Raymond Devos, en passant par le philosophe Roger Toussenot, les écrivains René Fallet, Louis Nucéra, Alphonse Boudard, René Iskin, André Tillieu « le Belge », ou le Sétois Pierre Maguelon « Petit Bobo », Lino Ventura, son fidèle contrebassiste Pierre Nicolas, le guitarise Joël Favreau, Adamo, Brel, Béart…

Sophie Duvernoy a été la marraine des Journées Georges Brassens d’ACE15 en 2008.

Pierre Onteniente, Victor Laville, Mario Poletti et Josée Stroobants font partie du cercle des amis de Georges Brassens.

Pierre Onteniente

Pierre Onteniente - Gibraltar

« Je menais sa vie, pas la mienne »

Pierre Ontenentie*, l’ami du STO puis secrétaire de Georges Brassens, fut « la chance de Brassens », le débarrassant des soucis de l’intendance. Pendant un quart de siècle, il l’a protégé et défendu bec et ongles. Un roc, ce qui lui a valu le beau surnom de Gibraltar. Il habitera l’impasse Florimont jusqu’à sa mort en 2013.

*Pierre Onteniente a été le 1er parrain des Journées Georges Brassens d’ACE15 en 2006.

Avec Mario Poletti, ils ont tous deux été jusqu’au bout fidèles des Journées Georges Brassens d’ACE15.

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Georges Brassens

et Pierre Onteniente

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Mario Poletti et Pierre Onteniente aux Journées Georges Brassens d’ACE15

Pierre Onteniente parle de Georges Brassens (1991)

et nous fait visiter l’impasse Florimont 

Victor Laville, l'ami d'enfance, et la rencontre Brassens-Patachou

Né en 1921 comme Georges Brassens, décédé en 2020, Victor Laville* est un ami d'enfance de Brassens. Ils ont fait connaissance au collège de Sète en 1935 et resteront toujours très proches. Il a effectué une carrière de maquettiste puis de journaliste à Paris Match.

Début 1952, il a eu l'idée de demander à Pierre Galante, chroniqueur à Paris Match, de présenter Georges Brassens à Patachou, dans son cabaret à Montmartre. Ce fut le point de départ de la carrière de Brassens.

* Victor Laville a été le parrain des Journées Georges Brassens d’ACE15 en 2009.

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Lors des Journées Georges Brassens d’ACE15 de 2009,

Victor Laville signe son livre Brassens, le mauvais sujet repenti,

dont la couverture reprend la pochette du 4e disque de Georges Brassens, dessinée par Victor Laville.

Mario Poletti, 30 ans d'amitié,

« Le libraire de Georges Brassens »

Georges Brassens a fait appel à Mario Poletti*, son voisin de la rue Santos Dumont qui travaillait dans l’édition, pour qu'il lui fournisse des livres, Brassens en possédait plus de 2 000. Mario et Brassens récitaient des poèmes par cœur ! Mario photographiait les réunions et dîners d’amis chez Georges Brassens. Georges Brassens lui a légué des inédits précieux et sa dernière guitare de scène. Il est décédé en mai 2018.

Comme Pierre Onteniente, il possédait une clé de la maison de Georges Brassens.

* Mario Poletti a été le parrain des Journées Georges Brassens d’ACE15 en 2007.

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Mario Poletti et Georges Brassens

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Mario Poletti signe son livre sur

Georges Brassens aux Journées Brassens d’ACE15 en 2013

Josée Stroobants,

La photographe personnelle de Georges Brassens

Photographe belge, Josée Stroobants* fait ses premières photos de Georges Brassens en 1954. Elle est devenue amie de Georges Brassens et sa photographe personnelle officielle ; leur collaboration a duré jusqu'à la disparition de Georges, en 1981. Son fonds de photos est exceptionnel, d’autant plus que Georges Brassens en a faitsa légataire exclusive des négatifs de ses photos personnelles. 

* Josée Stroobants a été la marraine des Journées Georges Brassens d’ACE15 en 2012.

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Josée Stroobants et Georges Brassens

Josée Stroobants commente ses photos de Georges Brassens

La rencontre Brel, Brassens, Ferré du 6 janvier 1969

Le 6 janvier 1969, un jeune journaliste, François-René Cristiani, parvenait à réunir dans une même pièce, les trois grands de la chanson française : Brel, Brassens et Ferré.

Jean-Pierre Leloir les immortalisera par une photo, devenue mythique, qui fera la couverture de Rock & Folk en février 1969.

L'enregistrement sonore de cette rencontre a été retrouvé, ainsi que deux cents autres photos. Les chanteurs dialoguent sur leur statut d'artiste, la difficulté d'écrire, les rapports à l'argent, à la mort, au public. Cette rencontre est remise en perspective dans le parcours artistique et personnel de ces trois « monstres sacrés ».

Trois hommes sur la photo,

documentaire de Sandrine Dumarais - 52 minutes